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Christophe Temple, sculpteur

De l'utilité de l'art

6 Août 2017, 11:57am

Publié par Christophe Temple

J'ai mis longtemps à trouver le fil d'Ariane de mon travail en sculpture et c'est en voyant une exposition de Bacon à Montpellier que quelque chose s'est enfin éclairé. Je n'ai jamais milité pour l'esthétique en art; je soutiens même que la Renaissance, malgré son extraordinaire et indéniable explosion technique, sa floraison de talents prodigieux,  reste une catastrophe culturelle majeure, un séisme planificateur, une uniformisation de la créativité. Le beau est ailleurs; dans la lumière et dans son ombre. Une lune noire se cache derrière notre Soleil et tire malicieusement les ficelles.

 Le beau peut être laid, repoussant, dérangeant, agressif, aussi.

Le beau fait naître l'émotion qui peut être la peur, l'angoisse, l'horreur, la tristesse, aussi.

J'ai observé des mois durant la dépouille d'un chat écrasé qui s'intégrait progressivement dans le bitume jusqu'à sa disparition totale, jusqu'à ce qu'il ne reste que l'ombre de ce qu'il fut; Par respect pour ce dernier voyage je n'ai pris aucun cliché; je le regrette un peu; cela aurait fait une belle exposition...

Le temps fragmenté, la vie brisée ou interrompue, l'espace limité, Les structures cloisonnantes comme la nation, le clan, la famille, terriblement névrogènes, les religions que l'on dit, à dessein,  inséparables de l'humain. Les grandes confusions voulues ou inconscientes comme profit/nécessité, ou femme/féminin/féminité qui nous ampute d'une moitié de nous même, cette part d'enfance presque universellement écrasée, détruite, annihilée; destruction systématisée de notre cerveau gauche par les structures en place.

Lobotomisation lente plusieurs fois millénaire.

Gaucher contrarié (je ne l'ai su que bien tard, au cours de mon service militaire) j'ai développé une sorte d'ambidextrie qui finalement me rend bien des services. Je me suis construit une muraille salvatrice contre l'intrusion de l'autre, des émotions, des sentiments, de l'enthousiasme. Il m'a bien fallut repartir à la recherche de cet enfant disparu et toujours j'ai retrouvé ma mère ou son ombre ou LA mère, au regard foudroyant, aux mains sanglantes, au doux sourire qui me barrait la route tant les non-dits sont tenaces. Tant c'est à elle-même qu'elle sourit et à ses rêves de petite fille détruite. Il faudra bien que chacun reparte à sa recherche.

Dans le même temps que je regardais Bacon déliter délicieusement l'humain, je sculptais des "Médée" et je voyais cette mère bafouée, impitoyable, justicière, sacrifier ses enfants, sa rivale, et finalement elle-même dans une apothéoses lugubre, en digne descendante du Soleil.

Oh ! Soleil symbole ultime ! Vie, ici, mort, ailleurs. Hélios, Eros et Thanatos en Un.

L'humain disparaîtra, c'est une évidence. Par sa faute. Par le dénie. Tant que la femme et l'homme ne reconnaîtront pas cette part d'eux qui agit secrètement dans les guerres, les crimes, les agissements troubles, les couples, les familles ...Les inquisiteurs, grands tortionnaires, se reconnaissaient créés à l'image de Dieu; les cathares, prêchaient que l'homme était mauvais; Faux ! l'humain n'est ni bon ni mauvais;il est boiteux, laid et il ressemble à Asmodée..

Les femmes ne sauveront pas l'humanité, non.

l'esthétique ne sauvera pas l'art, non.

le sexe ne sauvera pas l'amour, non.

la bonté ne sauvera pas la vérité, non.

Il nous faut fouiller la vase sombre limoneuse et putride et tendre la main aux créatures infectes qui la hantent afin de les reconnaître et de les accepter. A ce prix la lumière.

En attendant...Nous serons bientôt dix milliards d'êtres humains aveugles qui n'auront d'autre but que d'écraser l'autre pour une goulée d'air ou d'eau, désormais seuls et condamnés.

Que Dionysos nous vienne en aide.

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