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Christophe Temple, sculpteur

Démarche artistique

2 Octobre 2014, 13:01pm

Publié par Christophe Temple

 

(Un exemple valant mieux qu’un long discours, voici un texte que j’ai écrit et exposé lors de l’exposition à la MJC des Bourroches en octobre 2012)


A VIE

Quelqu’un un jour dans une petite exposition d’enfants
Des écoles aux alentours d’un petit village perdu
Au milieu des vastes forêts de châtaigniers
Du vieux pays de la Bouriane entre Lot
Et Dordogne,
Quelqu’un donc avait inscrit sur un tableau blanc faisant office de livre d’or
Ceci :
"Partez d’ici, l’art est inutile !"
Pauvres enfants, c’est pas gentil.

Mais savait-il, ce quelqu’un, que se faisant (respect pour ce magnifique toiseau),
Il prenait une position d’autant plus artistique qu’iconoclaste.
Quoiqu’un peu surannée.

L’art est inutile ; Oui, et c’est là toute sa grandeur. L’art ne sert à rien.

Ce sont œuvres artistiques que l’on trouve dans les plus vieilles réalisations de l’humanité, partout et en tout temps. Qu’elles expriment, l’amour, la chasse, la guerre ou la foi, ce sont œuvres artistiques qui jalonnent toute l’histoire

de l’humain.
L’art est inutile.

C’est la musique qui nous environne constamment, les formes et les couleurs qui habillent notre quotidien et les mots des poètes qui chantent à nos cœurs des histoires d’ailleurs.
L’art est inutile.

L’art ne sert à rien car il exprime seulement le courage, la peur, la tristesse et la joie de l’âme face à l’indicible.

Alors devriez-vous partir ? Oui, quand vous vous sentirez rassasiés de formes et de couleurs et que peut-être, de l’art inutile, vous en irez faire vous-même pour votre plus grand plaisir et notre grande joie.

Merci du fond du cœur d’être venu nous voir 
 C’est pour nous le plus beau des cadeaux.


Bon. Maintenant on reprend son souffle et on y va.
Nous vivons dans une civilisation en pleine déconfiture, ce n’est pas une primeur. Et il est incroyable d’entendre dire à quel point les trois singes, l’un qui ne dit mot, l’autre que n’entend rien et le troisième qui s’aveugle pourraient figurer sur l’étendard de toutes les nations, de chaque village, de chaque maison. Je ne me fais guère d’illusions mais je crois que le rôle de l’artiste est de contribuer à desciller, à faire entendre et à pousser ses contemporains à l’expression. Bref, à communiquer.
Le commerce, la guerre, la politique n’ont d’autre but que de forger une collectivité dont l’aboutissement sera son art et, paradoxe, son exécuteur. Finalement, il n’y a pas de civilisation sans art. Et chacune d’elle en à sa propre perception.
Chez nous, rien n’est autant perçu comme superflu, voire inutile. Et pourtant l’art est partout.
L’activité humaine prend-elle tout sons sens dans l’art ?
Là, on fait une pause et on respire.
Parce que l’œuvre artistique est fondamentalement personnelle et qu’elle est aussi un don de soi, elle pose forcément question et donc écornifle le conformisme.
A l’origine, l’art dit «classique » si prisé par l’establishment est souvent dérangeant et provocateur. Non une provocation stérile et finalement de bon ton mais une volonté sans cesse renouvelée de remettre en cause ce qui est tenu pour certain. 
De grands artistes reconnus tels Goya, Boch, Courbet, (…), sont-ils des révoltés, des écorchés ? Prennent-ils le parti de l’humanité contre les despotismes, de quelque nature qu’ils soient ? L’inféodation de l’art à la pensée dominante, nous le savons, est un signe du déclin de la civilisation. Chaque fois que la société traverse une crise structurelle, l’angoisse sociale prend naturellement le dessus et l’art se vautre dans le conventionnel. Sont-ils des créateurs ou des reproducteurs, les artistes des idéologies ?
C’est pour cela que l’artiste est souvent engagé dans les causes sociales et que son œuvre est le reflet du monde dont il se nourrit.
L’art est un liant.
Encore une petite pause ?
Quand quelqu’un écrit que l’art est inutile, il ne fait qu’exprimer son incompréhension de l’œuvre, de la démarche qui l’a créée, son refus de mettre en doute les évidences. J’ai l’habitude de dire que quand les hommes croyaient que la terre était plate, c’est qu’elle était réellement plate. 
Pour moi l’image prévaut sur le réel.
Or, chacun peut vivre l’art à sa manière et avec ses propres techniques. Faire de  l’abstrait, du figuratif, du sacré, du romantique, de l’hyperréalisme, s’inscrire dans telle ou telle petite boite de rangement. 

Allez, on se détend !  Ça va devenir sérieux !
On dit que l’artisan sait où il va mais que l’artiste est conduit.
L’art une révélation ? Bien sur je ne parle pas là de la technique ; étant moi-même un peu musicien je sais les heures passées avec l’instrument pour arriver un jour à en tirer un son acceptable et combien de travail encore pour pouvoir exprimer quelque chose de son âme. Et enfin en jouir.
Oui, il y a aussi de la sensualité dans l’art.
Oh ! Là, il me cherche !
Etre «conduit», c’est, tout à coup, être dépassé par quelquechose que vous prend la main et guide vers «l’esprit de la chose ». Cela ne serait pas possible sans technique  mais encore moins possible si l’artiste ne se permettait pas de lâcher prise, d’abdiquer de ses propres prétentions à la création et à la perfection. En cela réside la difficulté d’être artiste.
Quand je dessine, sculpte, je m’efforce toujours de rester dans cette réflexion afin de puiser au fond de moi une étincelle que fera que le travail réalisé s’approchera d’une image forgée intérieurement. C’est peut-être cette démarche qui fait dire à certains que mon travail est d’inspiration africaine voire sud-américaine. Je me reconnais plus volontiers dans la statuaire paléolithique et néolithique. J’aimerais que mon travail permette à celui qui le regardera (et qui n’est pas moi) de plonger à son tour, selon ses besoins, ses envies, dans ses images intérieures. J’espère ainsi qu‘il s’ouvrira une porte vers la compréhension de lui-même.
Hé ! Il m’a trouvé ! 
Ainsi dit, tout cela est un peu prétentieux mais :
«TOUT SE RAPPORTE DANS CE MONDE QUE NOUS VOYONS Á UN MONDE QUE NOUS NE VOYONS PAS.  NOUS VIVONS…AU MILIEU D’UN SYSTEME DE CHOSES INVISIBLES MANIFESTEES INVISIBLEMENT. »                                     
Ainsi que l’écrit Joseph de Maistre.

« Il faut bien une démarche pour effectuer un parcours, fut-il artistique. »
Anonyme apocryphe qui a bien fait de le rester, anonyme.

 

©, XT, 2014

Démarche artistique
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